Pour Bernard Lassus, l’autoroute est une œuvre cinétique dans laquelle « les objets perçus développent un ballet de mouvements contradictoires, au premier plan virevoltant, lentement glissant à l’horizon ». À mon sens, plutôt qu’en ballet cinétique, ce mouvement transforme les voitures en une gigantesque caméra, tel des drones alignés, enfermés dans leur trajectoire en mode pilotage automatique.
Cet appareil photo-caméra convertit le paysage des abords en un paysage incessamment en mouvement, l’arrêt prohibé devient une faute de goût pictural dans une tentative d’atteindre un horizon, inaccessible étoile.
L’autoroute, tel un sabre tranche le paysage. La route s’intègre au paysage, elle parcourt ses traces et ses volutes pour en révéler les méandres. L’autoroute, c’est la blessure de “l’efficacité” qui surgit, qui déchire le paysage.
Les humains ont une appétence pour les terres les plus fertiles et c’est normal, j’allais dire, c’est humain. Les autoroutes et leurs infrastructures : stations-services, stockage des matériaux d’entretien, gendarmeries, zones de péage dévorent les terres arables.
Ce n’est qu’une question de gestion de la proximité et de la plus courte distance producteur-consommateur. L’humain cannibalise la terre agricole, des infrastructures comme l’aéroport de Roissy, les entrepôts de Garonor,... sont la démonstration de cet insatiable appétit.